Adapté du conte de : Perrault

Tiré du livre : Mille ans de Contes


_ Surtout, rentre avant minuit. Car au douzième coup de
minuit, ton carrosse redeviendra citrouille, tes chevaux,
souris, tes laquais, lézards, et ta robe, un vieux tablier !
Cendrillon promit à sa marraine de lui obéir, la remercia,
monta en carrosse et partit, toute joyeuse. Quand le fils du
roi apprit qu'une belle princesse inconnue venait d'arriver,
il se précipita pour la recevoir. Il lui donna la main à sa
descente du carrosse et la mena dans la salle où se trouvaient
les invités. Aussitôt, il se fit un grand silence. Les danseurs
se figèrent sur place, les violons se turent et chacun contempla
l'inconnue. On n'entendait qu'un murmure confus :
_ Ah ! qu'elle est belle !

Le fils du roi l'invita à danser. Elle dansa avec tant de grâce,
qu'on l'admira encore plus. Le jeune prince était si occupé
à la contempler qu'il ne pensait pas à goûter aux mets
délicieux qui étaient posés sur les tables. Cendrillon parla
aimablement avec ses soeurs, mais elles ne la reconnurent pas.
Tout à coup, elle entendit sonner onze heures trois quarts.
Elle fit aussitôt une grande révérence à la compagnie, et
s'en alla le plus vite possible. Dès son retour, elle alla
trouver sa marraine, la remercia, et lui dit qu'elle souhaitait
retourner au bal le lendemain car le fils du roi l'avait invitée.
Un peu plus tard, les deux soeurs frappèrent à la porte.
Cendrillon alla leur ouvrir.
_ Que vous avez mis du temps à revenir ! leur dit-elle en
bâillant et en se frottant les yeux, comme si elle venait de
se réveiller._ Si tu étais venue au bal, lui dit une de ses soeurs, tu ne
t'y serais pas ennuyée : il est venu la plus belle des princesses
et elle a été si aimable avec nous !
_ Quel est le nom de cette princesse ? demanda-t-elle.
_ Personne ne la connaît, répondirent-elles, et le fils du
roi donnerait tout pour savoir qui elle est.

Le lendemain, les deux soeurs se rendirent au bal, et
Cendrillon aussi, mais encore plus magnifiquement parée
que la première fois. Le fils du roi lui tint compagnie et ne
cessa de lui parler. La jeune demoiselle était si occupée
qu'elle en oublia les recommandations de sa marraine. Elle
croyait qu'il n'était que onze heures quand elle entendit
sonner minuit. Vite, elle se leva et s'enfuit aussi légèrement
qu'une biche. Le prince eut beau la suivre, il ne put l'attraper.
Elle courait si vite qu'elle laissa tomber une de ses pantoufles
de verre. Le prince la ramassa bien soigneusement.
Cendrillon arriva chez elle essoufflée, sans carrosse, 
sans laquais,
et avec ses vilains habits : il ne lui restait de toute sa
magnificence qu'une de ses pantoufles. On demanda
aux gardes de la porte du palais s'ils avaient vu courir
une princesse mais ils répondirent qu'ils avaient vu courir
une jeune fille fort mal vêtue, et qui avait plutôt l'air d'une
paysanne que d'une demoiselle.
Quand les deux soeurs revinrent du bal, Cendrillon leur
demanda si elles s'étaient encore bien amusées et si la belle
dame était venue.
_ Oui, dirent-elles, mais elle s'est enfuie quand minuit a
sonné, et si vite qu'elle a laissé tomber une de ses pantoufles
de verre. Le fils du roi l'a ramassée, et il n'a fait que la
regarder pendant tout le reste du bal. Assurément, il est
fort amoureux de la belle personne à qui appartient la petite
pantoufle.

Elles disaient vrai, car peu de jours après, le fils du roi fit
proclamer qu'il épouserait celle dont le pied entrerait exactement
dans la pantoufle. On l'essaya aux princesses ensuite
aux duchesses puis à toute la cour, mais inutilement. On
l'apporta chez les deux soeurs, qui firent tout leur possible
pour faire entrer leur pied dans la pantoufle, mais sans
résultat. Cendrillon ,qui les regardait, et qui avait reconnu
la pantoufle, dit en riant :
_ Voyons si elle ne m'irait pas !
Ses soeurs se mirent à rire et à se moquer d'elle. Le
gentilhomme qui faisait l'essai de la pantoufle regarda
attentivement Cendrillon et la trouva fort belle ; il dit qu'il
avait l'ordre de l'essayer à toutes les filles. Il fit asseoir
Cendrillon et, approchant la pantoufle de son petit pied,       
s'aperçut qu'elle y entrait sans peine. L'étonnement des deux
soeurs fut grand, mais plus grand encore quand Cendrillon
tira de sa poche l'autre petite pantoufle qu'elle mit à son
pied. C'est alors qu'arriva la marraine ; elle donna un coup
de sa baguette magique sur le vieux tablier de Cendrillon
et le transforma en une robe somptueuse.

Alors ses deux soeurs la reconnurent pour la belle personne
qu'elles avaient vue au bal. elles se jetèrent à ses pieds pour
lui demander pardon de tous les mauvais traitements qu'elles
lui avaient fait subir. Cendrillon les releva, et leur dit en les
embrassant qu'elle leur pardonnait de bon coeur. On la mena
chez le jeune prince, parée comme elle était. Il trouva
plus belle que jamais, et peu de jours après, il l'épousa.
Cendrillon, qui était aussi bonne que belle, fit loger ses deux
soeurs au palais, et les maria dès le jour même à deux grands
seigneurs de la cour...

 

 

 

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